DÉCLARATION PRÉALABLE DE LA FSU au CTP académique du 17 juin 2011

vendredi 17 juin 2011
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M. le recteur, Mesdames, Messieurs, chers collègues,

cette fin d’année, avec ce CTP académique, est marquée ici, comme en métropole, par le passage en force d’un ministre, d’un ministère, qui n’entendent rien et, pour tout dire, et sur beaucoup de sujets, ne comprennent pas grand chose au monde éducatif. Les preuves abondent en ce sens : réforme des lycées faite en dépit du bon sens, réforme des séries technologiques industrielles, mise en place à marche forcée, contre l’avis du CSE et du Comité interprofessionnel consultatif, sans réelle formation des enseignants pour aboutir à la fermeture rapide de cette voie de formation qui participait pleinement à la démocratisation que chacun prétend appeler de ses vœux ; au collège, mise en place du livret personnel de compétence, véritable « usine à cases » destinée à masquer les échecs d’un système à la dérive et, dernière en date des malheureuses initiatives de ce ministre, la fin de l’éducation prioritaire – ZEP, RAR, REP – au profit, si j’ose dire, des ECLAIR.

Après une pseudo expérimentation dont, une fois de plus, aucun bilan n’a été tiré, le ministre a décidé de passer en force en imposant aux académies, dont la nôtre, une liste de 20 établissements ECLAIR. Il nous importe assez peu, pour tout dire, de savoir si cette opération s’est faite avec votre aval ou pas. Ne le prenez pas mal, M. le recteur, il nous importe beaucoup plus de constater qu’aucun des établissements en question n’a été consulté – pas plus les conseils d’administration de ces établissements que les collègues qui y sont en poste – et, bien sûr, et comme de coutume, pas davantage les organisations syndicales représentatives. Bref, le « dialogue social » dont se targue dans tous ses discours ce ministre calamiteux apparaît sous son jour le plus crû : une imposture à usage médiatique !

La divergence de fond sur cette question de l’éducation prioritaire ne porte pas, M. le recteur, sur le fait qu’il faut que ces établissements aient plus parce que la difficulté scolaire y est plus importante. Nous avons déjà discuté de cette question à l’occasion de votre réforme avortée des RAR 2010, et vous savez que la liste établie alors n’était pas exempte de critiques lorsqu’on la met en regard de certaines données statistiques. Mais, ici, nous discutons du passage en ECLAIR, c’est-à-dire de la déréglementation qui l’accompagne, la mise sous le boisseau des décrets de 50, le profilage systématique des postes de ces établissements, le recrutement « à la tête du client » des adjoints, des personnels enseignants, de vie scolaire et de santé autrement dit le contournement des règles communes de mutation pour ces établissements. Cette opération, outre qu’elle va induire une pression forcenée sur les personnels, pression déjà existante et dont Mme la directrice des ressources humaines a hélas à traiter quasi quotidiennement, cette pression va s’accentuer avec des lettres de missions, des contrats d’objectifs, des entretiens individuels, des menaces de mise en carte scolaire, bref, une batterie de GRH digne de chez L’OREAL ou France Télécom, dont les effets font la une des gazettes régulièrement.

Le pire, c’est qu’un certain nombre de résultats de l’opération CLAIR est déjà connue puisque déjà à l’œuvre en métropole. 1er effet : la fuite des collègues de ces établissements, autrement dit la casse des équipes pédagogiques en place et l’impossibilité de pourvoir les postes profilés découlant de cette fuite et, donc, le recours à des TZR, des contractuels, voire à des stagiaires comme on a déjà pu le voir dans certaines académies. Qui peut croire que les collègues vont se bousculer pour aller dans le bureau des chefs d’établissements vanter leurs mérites à Amiral Bouvet, à Mille Roches, à Edmond Albius, à Jean Le Toullec, etc. Mais peut-être certains collègues accepteront-ils de jouer ce jeu dans des zones géographiques très demandées. Mais, alors, bonjour la motivation, bonjour l’engagement ! Et, encore une fois, ne croyez pas que nous jouons ici les Cassandre : c’est déjà ce qui se passe aujourd’hui en métropole dans les établissements soumis à l’expérimentation !

2nd effet, évident : la fuite des élèves bons ou moyens puisque tout le monde sait, les parents en tête, qu’on va faire dans ces établissements un enseignement au rabais avec pour horizon indépassable un « socle commun » de bas étage. J’ose à peine évoquer devant un scientifique comme vous, M. le recteur, cette remise au goût du jour des « leçons de choses » que j’ai connues à l’école primaire et que l’on qualifie, pour faire joli, d’« enseignement intégré de sciences et de technologie » qui est aux disciplines concernées – Sciences physiques, Science de la Vie et de la Terre, Technologie – ce qu’une fanfare municipale est à un orchestre philharmonique. Et que dire de cette histoire de sport l’après-midi quand on sait à quel point les pays qui le pratiquent en reviennent ? Quand on sait, là où cela a été expérimenté, le désœuvrement des élèves qu’il engendre, l’externalisation de l’EPS au profit d’officines diverses pour ceux qui en ont les moyens, sans parler des matinées interminables que cela engendre, on mesure le progrès que constitue une telle mesure tant pour les élèves que leurs familles...

Dès lors, une question simple me vient à l’esprit : combien d’entre nous, ici présents, mettraient leurs enfants dans de tels établissements, avec de tels programmes ? Combien accepteraient, parmi nous, de voir l’avenir de leurs enfants aussi compromis ? Poser la question, c’est y répondre ! Que nos élites ministérielles, dont les enfants fréquentent essentiellement l’École alsacienne, Gerson ou quelques boites privées du même type voire quelques collèges publics de bonne réputation ne se posent pas la question ou préfèrent l’ignorer ne surprendra que les naïfs. Mais, qu’ici, avec les conditions que chacun connaît, on mette le doigt dans une telle entreprise de démolition, de ségrégation, témoigne à tout le moins d’un aveuglement coupable si ce n’est d’une trahison pure et simple.

Alors, M. le recteur, ceux qui sont en première ligne, et dont nous sommes les représentants ici, n’acceptent pas. Ils n’acceptent pas qu’on les méprise, eux et leurs élèves. Ils refusent ce statut dérogatoire qui ne réglera rien aux difficultés qu’ils rencontrent. Dans leur très grande majorité, ils se donnent corps et âme à leur métier, à leurs élèves et ils n’acceptent pas de se voir cornaquer ainsi par des personnels qui, au mieux, feront acte d’obéissance, au pire viendront leur dire ce qu’ils doivent faire, alors que beaucoup d’entre eux ont trouvé, à travers la fonction qu’ils occupent, une aimable stratégie de fuite de ce même métier. Ils n’accepteront pas qu’un soi-disant « préfet des études », au titre suranné, vienne mettre son grain de sel dans leur travail, leur métier auquel il n’est pas du tout certain qu’il connaisse quoi que ce soit. Car, ici comme ailleurs, les conseilleurs ne sont pas les payeurs et nos collègues, dévoués à leur métier, demandent qu’on les aide à le faire, qu’on leur donne les moyens pour cela et qu’on ne vienne pas leur faire un chantage odieux auquel ils seraient priés de céder. L’Éducation prioritaire, répétons-le, traite de la grande difficulté scolaire et chacun sait qu’il conviendrait, si l’on voulait sérieusement y faire face, donner en amont, au premier degré, les moyens de faire baisser les tristes statistiques dont témoignent régulièrement les évaluations de CM2 à La Réunion. Mais, pour cela, il faut une autre politique. Les organisations syndicales font des propositions, dans le 1er comme dans le 2nd degré. Mais, parce qu’elles sont sérieuses, elles sont coûteuses et n’ont donc pas droit de cité dans ce ministère. C’est là une erreur politique profonde que le pays paye déjà et qu’il paiera encore bien davantage avec le sacrifice annoncé des générations en butte aux restrictions budgétaires actuelles. Les citoyens de ce pays ne s’en laissent d’ailleurs pas compter et les discours lénifiants de notre communiquant de ministre ne passent pas. M. le recteur, vous n’en êtes peut-être pas coupable, au moins en êtes-vous responsable et vous ne serez sûrement pas surpris de voir l’ensemble des organisations syndicales représentatives siégeant dans ce CTP académique refuser ce que vous nous proposez sur les ECLAIR.

Pour le SNES, le SNUipp, le SNEP, le SNUEP et la délégation FSU

Lionel MILLOT

N.B. : l’ensemble des 10 représentants des personnels siégeant au CTP académique a voté contre le passage en CLAIR des 20 établissements proposé par le ministre et le recteur. Ces établissements sont :

  • Bassin Ouest (5) : CÉLIMÈNE GAUDIEUX - L’OASIS - EDMOND ALBIUS - JEAN LE TOULLEC - TROIS BASSINS
  • Bassin Sud-Ouest (2) : PLATEAU GOYAVES - JEAN LAFOSSE
  • Bassin Sud-Est (5) : PAUL HERMANN- LES TAMARINS - MICHEL DEBRÉ - TERRE SAINTE - HENRI MATISSE
  • Bassin Est (5) : AMIRAL PIERRE BOUVET - CAMBUSTON - MILLE ROCHES - AUGUSTE LACAUSSADE - HUBERT DELISLE
  • Bassin Nord (3) : MONTGAILLARD - LES DEUX CANONS -MAHÉ DE LA BOURDONNAIS